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Kèrmazinaz : La transmission et la pratique du conte à la Réunion

Samedi 1er juin 2024 au MoCA (Montgaillard Arts et Culture) le Conseil de la culture, de l’éducation et de l’environnement de La Réunion (CCEE), a organisé à l’occasion de la “Journée mondiale de la diversité culturelle pour le dialogue et le développement”, “Kèrmazinaz nout zansèt, zistoir La Rényon”. 

Cette journée de partage et de réflexion était dédiée au thème de la « littérature orale » à travers les contes et légendes de La Réunion.

Différents intervants ont apporté leur éclairage sur la transmission et la pratique du conte à la Réunion, issus des différentes cultures qui composent l'identité réunionnaise. Des membres de Kozé Conté ont été invités à apporter un témoignage sur leur expérience et observations.

Dans le lien ci-dessous, vous trouverez des vidéos de ces interventions.

https://ccee.re/nout-rakontaz-zistoir-nout-zarlor/

Une synthèse écrite nous sera transmise par le CCEE ultérieurement et sera publiée sur notre site.



Ker Solid'air : La mémoire de nos aînés, un patrimoine à préserver

Aymara Lapinsonnière vous offre ce remarquable travail de collectage de la mémoire, sur les conditions de vie d'antan, qu'elle a effectué auprès de nos gramounes (nos anciens) à la maison de retraite "Les moutardiers" :

"Grâce au projet de collectage de l'association Kozé Conté, des étutiantes de l'IRTS ont pu mener une expérience au sein de l'EHPAD Le Moutardier à St Benoit

A travers cette expérience, la vie d'antan de nos aînés est retracée... Des liens intergénérationnels forts se créent. Résidents et professionnels savourent la joie de moments mémorables où valeur humaine se fige dans l'esprit des participants.

Un grand merci à l'EHPAD Le Moutardier de nous avoir ouvert les portes de la maison de nos aînés.

Un grand merci aux résidents et professionnels pour l'accueil chaleureux.

Un grand merci à l'association Kozé Conté pour la belle collaboration avec les étudiants de l'IRTS de Saint Benoît."


Le travail du conteur

Acquérir un répertoire de base, de la trame au récit :


Le Conte est un genre parmi d’autres de la littérature orale.
La littérature orale est un ensemble de récits semi-fixés , anonymes, et objets de variantes.

Elle comprend les mythes, les épopées, les légendes, les contes, les fables, les chants ( traditionnels et anonymes, comme les chants des corporations), les petites formes ( devinettes, comptines, formules d’entrée et de fin.)



Les différents types de contes:


Contes facétieux,
Contes de sagesse,
Contes fantastiques
Contes de randonnée,
Menteries
Contes étiologiques
Contes merveilleux
Faux-amis : Contes d’auteur
Les récits de vie sont rattachés au conte, (on pourrait les considérer comme des contes en gestation).

Les fonctions du Conte :
- Le conte suggère, évoque, il n’est pas fait pour dire directement, il est là pour suggérer, évoquer.
« Le conte dévoile en voilant » Nicole Belmond.
- Le conte ne s’adresse pas à la raison et à la conscience, mais à l’inconscient.
- Il n’est pas moraliste, mais doit susciter une réflexion sur la morale.
- Le conte n’est pas fait pour décharger son égo ou son mal-être mais doit être offert avec la réminiscence de ce qui a émergé au moment de la préparation ( distanciation de notre égo et de notre mal-être)

Le conteur :
- Le conteur est un transmetteur mais aussi un compositeur. Ce n’est pas un auteur. Il ne dit pas par cœur un récit qui n’est pas le sien. Il est compositeur de sa propre version, à partir de trames reçues d’autres conteurs, de l’oral et de l’écrit. Le conteur est un narrateur, mais tout narrateur n’est pas conteur.
- Le conteur est un spécialiste de la langue orale, non de l’écrit
- Le conteur est un artisan transmetteur et un artiste improvisateur.
Son rôle principal est de transmettre un répertoire de l’oralité, ayant déjà fait l’objet d’une transmission.
- Le conteur porte son conte face à un auditoire (pas obligatoirement un public).
- Il n’est pas là pour se faire valoir, mais pour mettre son auditoire en création au cours de son conte.
- Le conteur est témoin et non intervenant dans l’action qu’il tente de faire revivre à un auditoire.
Il n’entre pas dans la psychologie de ses personnages, il ne juge pas.
Il fait voir et fait sentir.

Préparer un conte :
La voie royale : extraire la trame archétypale, commune à toutes les civilisations et la trame culturelle qui tient compte des éléments symboliques propres à une culture. Puis re-nourrir, ré-enrichir soi-même chaque épisode du conte.

Le conte contient une succession d’images, qui doivent être exprimés selon une grande logique et une forme précise. Y sont inclus des cohérences symboliques, des motifs , des éléments signifiants qui sont autant de moteurs à la mise au travail de l’auditoire.
(d’après Marc Aubaret)



Faites confiance à l'oralité

Les contes ont été transmis de génération en génération, parfois pendant des siècles et à travers plusieurs cultures ou civilisations. Ils transportent la sagesse, se sont épurés, sont devenus des récits d’initiation.

Ils et font l’objet d’une multitude d’études de linguistes, d’ethnographes, de psychanalystes. Bruno Bettelheim, Clarissa Pinkola Estés, pour ne citer qu’eux…ont révélé l’importance du conte merveilleux pour l’équilibre affectif et l’autonomie de l’enfant, aussi il importe de faire confiance au conte, de le considérer dans sa force.

Le conte agit par lui-même, chacun y trouvera ce dont il a besoin au moment donné. Bruno Bettelheim recommande d’ailleurs de ne dire aux enfants qu’un seul conte par jour, afin qu’il ait le temps de faire son chemin dans l’inconscient.

Faites confiance à la narration orale :
Le conte n’est pas enfantillage, le conte est expérience sensible qui donne confiance en nos capacités de création d’images mentales : c’est en cela qu’il est aussi nécessaire que la lecture à partir d’un livre.
Dans nos sociétés modernes saturées d’images formatées, il est important de solliciter la créativité d’images mentales.
Le conte est irremplaçable, dans nos sociétés issues de cultures de transmission orale: Le conte « dit » relie l’enfant à son patrimoine culturel, aux générations précédentes, et à la faculté des langues créoles de créer des images. Il est la meilleure des médiations culturelles. Les bienfaits dans les apprentissages seront certains.
Ecouter un conte, c’est déjà lire.

Le conte est creuset de la parole. Il donne confiance à chaque enfant parce qu’il fait jaillir en lui des images mentales et le rend confiant en sa capacité à mémoriser un enchaînement de séquences. Il éveille à la beauté de la langue, au plaisir et au goût des mots, au sens poétique.
Il aide à grandir, sûrement.

Dans nos sociétés du virtuel et du « média », le conte est un moment de relation directe indispensable. Il offre aussi un outil très efficace pour aborder la diversité culturelle ou l’ inter culturalité générée par l’accélération de la mondialisation. La fréquentation des contes assure l’individu dans ses racines, lui donne une conscience d’être social et contribue à améliorer les comportements.

Daniel Bergeault



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